Lépreux ( Le )

Homélie

Dimanche,     12 Fév. 2012,    6e Dimanche Ordinaire «B»

 

 

Frères  et  Sœurs,

La guérison d’un lépreux    que vient de nous racontons  notre évangile.

Une autre des belles histoires du temps de Jésus !

Un  Miracle !

( Sans doute faut-Il  en chercher la signification profonde ….)

Mais un miracle!   Ce n’est pas un fait divers  ordinaire,

C’est un évènement d’importance en soi !

Admiration !   Étonnement !

On a vue des foules  se lever comme un seul homme,    chanter ,   prier  tout le reste de la nuit,     l’émotion étant à son comble :     un  Miracle !

Il  y a eu des miracles,  il y en a  encore.

Pour chaque canonisation,  la réputation de sainteté est sensée être appuyée d’un miracle.

Les  «Hommes d’Église»  pourtant n’insistent pas beaucoup  là-dessus.

…..   et   …..  Jésus   lui-même, curieusement,  dans notre évangile, ordonne  au miraculé  de ne rien dire  en public.

C’est que les miracles,  contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier abord,  ne donnent pas la Foi,  ne conduisent pas  facilement à la Foi,  à  la  Confiance.

Jésus  lui-même,  n’a jamais opéré de miracle pour quelqu’un qui mettait comme au défie  sa  puissance.

——        Jésus, nous disent simplement les évangiles,   est  passé au milieu des siens  en faisant le bien.        —————————————-

La première lecture  du livre des Lévites,  nous fait comprendre que  ///  pour les  Juifs, encore au temps de Jésus,   ///   pour eux, la maladie,  en particulier  la  lèpre,  avait une signification d’ordre spirituel, «conséquence directe et honteuse  de l’infidélité  religieuse.»

Et  les réflexes,  les comportements de prudence et d’hygiène qui nous sont familiers face aux malades et aux maladies,  étaient pour eux comme transposés dans l’ordre du religieux.

< C’était comme ça >    et c’est dans ce contexte  nécessairement, que l’action de Jésus prend sa signification,   c’est à l’intérieur de cette tradition et ce milieu culturel qu’on peut  et qu’il faut en dégager le vrai sens.

Plus qu’un test de puissance  donc,   et de pouvoir personnel,   le miracle de Jésus signifie que sa présence et son œuvre dans le monde est pour LIBÉRER les hommes,  non seulement des misères physiques,  des misères même morales,      « mais   une  libération  de la  RACINE même,  la racine intime et intérieure   du  Mal.»

Cette racine  du  mal,  elle est en  tout homme,  comme elle est  dans le lépreux,  et  l’unique libération  se trouve   en Jésus,   Fils du Dieu Vivant,  qui peut nous tendre la main  et nous relever.

« Il tombe à genoux, nous dit le texte;  supplie Jésus…. »

Pris de pitié devant cet homme,  Jésus étendit la  main  ( le lépreux se tenait bien sûr à une certaine distance selon le règlement)

Jésus  étendit la main,   et  pire encore  le   «toucha»,    Jésus  défie  la puissance du mal   avec assurance…   pourtant  plus que  mission de puissance, («pris de pitié, nous disait le texte») c’est une  mission  qui est présence compatissante,  mission qui  se déploie au niveau du cœur,  de l’amour compatissant  pour son entourage.

Et  c’est  le plus démuni,  celui qui est dans la situation la plus désespérée, c’est lui qui bénéficie   le Premier  de cette compassion  du  Seigneur.

Les plus pauvres,  ou bien  les malades,  ou encore ceux qui sont au plus creux de l’épreuve,    qui ont perdu le contrôle de leur vie,

Ceux qui s’avouent finalement impuissants à s’en sortir par eux-mêmes,

Voilà ceux qui vont enfin crier vers le Seigneur,

Voilà ceux vers qui le Seigneur va étendre la main.

Ceux-là diront,  comme le Psaume 101e  qui est proposé à méditer aujourd’hui,

«Que mon cri parvienne jusqu’à toi, Seigneur.

«Si  tu es là,  vois ma détresse, Seigneur.»

«Ne me cache pas ton visage.»

 

 

C’est la situation de  tout être humain…..

Mais  il faut bien reconnaître   que  ce sont ceux qui passent par  des souffrances profondes,

Ce sont ceux-là  qui se reconnaissent plus facilement dans ces paroles du Psaume.   Paroles qu’ils  redisent     parfois à leur manière,  dans leur vocabulaire…

ET  c’est  à ceux-là aussi    que le Seigneur répond.

Et  d’autre part,   il y a auparavant  un cheminement à faire pour ceux  qui  n’ont pas encore reconnu leur impuissance…

Qui ont encore un cœur desséché comme dit le Psaume. « Ils oublient de manger leur pain.»

Temps de sécheresse,  de désintérêt,  d’inattention….

Saint Benoît nous recommande fort d’harmoniser la pensée et notre cœur avec les paroles du Psaume.

Autrement,  même présent de corps à la prière,  «j’oublie de manger ce pain»  si souvent offert dans chaque célébration.

Jésus  donc,  tend la main, pour nous refaire,  nous relever,  «nous tisser de nouveau  comme dans le sein de notre mère.»

Alors nous pourrons reconnaître que le Seigneur est là.

«Qu’il est là pour toujours,

et d’âge en âge, on pourra continuer de faire mémoire de Lui.»

C’est alors aussi que nous saurons le reconnaître dans les pauvres (que nous sommes tous d’ailleurs), dans les malades,  ceux qui sont dans des situations désespérées.

Ce sont tous ceux-là  de qui   il est avantageux d’être trouvés proches,

Parce que ce sont tous ceux-là qui sont plus proches d’être pris en pitié par le Seigneur.

Comme résolution pratique pour ce dimanche,  une prière nous propose bien à propos,    d’être plus attentifs à ceux autour de nous qui  jouissent de moins de considération,

Et aussi ceux dont les besoins  nous dérangent souvent,

Parce que le Seigneur lui-même porte déjà un regard d’amour sur eux,

Et qu’ils sont les miroirs  de nos propres limites devant le Seigneur.

 

Voilà  donc    le   Lépreux de notre évangile d’aujourd’hui.

Ce  lépreux qui en sa personne même  et dans sa chair, porte  en quelque sorte devant le Seigneur, l’image de l’humanité entière  et de chacun de nous.   Amen

Abbaye

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Salle du chapitre

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