| Un
moine qui voulait chanter...
Responsable
de la mise en marché des fromages de l'abbaye de Saint-BenoÎt-du-Lac,
le père Minier ajoute un album de musique grégorienne
à sa liste de produits.
Maître
dans l'art d'adapter pour toucher le plus grand nombre de consommateurs
et en accord avec son temps, père Minier a eu l'idée,
il y a quelques années déjà, d'actualiser
le chant grégorien.
"Le
grégorien, dit-il, est intégré à
la célébration liturgique depuis toujours. En
dehors de ce contexte, il est incompréhensible. Les jours
de grande fête, le grégorien était accompagné
des musiques de l'orgue. J'ai pensé qu'il fallait adapter
et composer des musiques qui correspondent à ces chants."
Le père
Minier s'est tourné vers de jeunes musiciens pour traduire
l'esprit de cette musique et enregistrer Splendor.
"Bien
sûr, souligne-t-il, c'est de l'artifice. En studio, nous
sommes entrés dans le jeu. C'est une expérience
nouvelle qu'on a faite en recréant artificiellement la
liturgie. Nous étions trois chanteurs pour donner l'impression
d'un groupe. C'était plus facile ainsi qu'avec tous les
chanteurs. Ça a donné de bons résultats.
"
La prière
Le moine a voulu transmettre par le biais du support discographique
ce qu'il vit depuis 30 ans. "C'est l'expression de notre
prière, dit-il. J'ai tenté la chance de la reproduire.
Je voulais mettre dans les mains des gens des textes bibliques
auxquels ils n'ont pas souvent accès."
Il soutient
qu'il y a au moins six ans qu'il nourrit ce projet. S'il y a
déjà eu maints enregistrements de type classique,
le père Minier avait envie d'essayer une voie différente
pour toucher les plus jeunes. Chez leurs aînés,
le grégorien a fait partie de leur vie. Les chants leur
rappellent souvent les célébrations de leur enfance
qui, jusqu'en 1965, s'articulaient en latin.
"Il
y a une crainte au début, se souvient-il. Déjà,
il y a cinq ans, on avait fait une telle tentative, mais sans
trouver de satisfaction. Cette fois encore, je croyais qu'il
y aurait des barrières. Ce projet, souligne-t-il, est
personnel. Pour cette raison, le nom de l'abbaye n'apparaît
pas sur la pochette du disque."
Un bon créneau
Chez les moines, on admet que le disque a de la valeur, du sérieux
dans l'exécution. Père Minier est aussi conscient
de faire partie de cette vague qui valorise les oeuvres d'inspiration
classique. Dans la foulée de Notre-Dame de Paris, d'Emma
Shapplin et de plusieurs autres, Splendor entre dans un créneau
qui rejoint ceux qui aspirent à une certaine paix.
Le Journal
de Montréal, samedi 19 décembre 1998.
- Manon Guilbert
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